La colocation, riche expérience humaine où l’on découvre les tumultes du vivre ensemble. Assis sur la lunette froide des WC, pris de panique, vous constatez avec effroi la disparition du Saint Graal : le dernier rouleau de papier toilette. 

On sous-estime trop souvent son importance. Mais vivre en kot, c’est apprendre qu’un des plus grands fléaux de l’étudiant, c’est se retrouver sans-papiers. Littéralement. Les fourbes constituent leurs stocks privés, tandis que les plus socialistes misent tout sur le partage des denrées sans toutefois participer. L’équilibre se maintient pourtant sans trop de heurts, et ce microcosme du royaume du trône offre des compromis pour tous. Quand soudain, sans prévenir, un m’as-tu-vu de cokoteur chamboule tout : une vraie lutte de classes s’installe subtilement, quand sans modestie, celui-ci plante fièrement son rouleau rose triple couche molletonné à motifs. La guerre est déclarée.

Les petits chiens mignons imprimés sur ce tissu soyeux nous narguent de manière éhontée, alors que l’on se contente d’une épaisseur unique si fine que nos doigts s’en souviennent tristement. Ce cokoteur nanti l’a bien cherchée, la merde. La rage échauffe peu à peu les esprits et laisse des traces, parfois même sanglantes. Il faut arrêter ça. Finie cette gentille parade canine fleurant mauvais l’injustice. Le rouleau du mal doit disparaître. C’est donc ainsi qu’assise sur la porcelaine glacée ce jour-là, désarmée, j’ai compris qu’un trône était si vite renversé. Tant pis pour le confort de ma croupe, je n’achèterai plus jamais de PQ de luxe. Ou du moins pas avant la reprise de Game of Thrones.