Le pari était risqué. Pour ne pas dire fou. Proposer un film muet en noir et blanc au public blasé du XXIe siècle, seul Michel Hazanavicius, le génial réalisateur des OSS 117, y aura pensé. Et seul Thomas Langmann, dans son amour du cinéma, aura eu l’audace nécessaire pour produire un tel film. Cela donne naissance à The Artist, un hommage sublime aux origines du 7e art. 

Hollywood, fin des années 20. Les films sonores font leur apparition, remettant en cause tout l’art du muet. Dans ce contexte, Michel Hazanavicius entame une réflexion sur les changements qu’a apporté le son dans l’industrie du cinéma, mais aussi dans les codes cinématographiques. Ainsi, lorsque George Valentin, star du muet, prend conscience de l’apparition du son, cela se traduit par des bruitages sonores qui n’ont pas leur place dans un muet, ponctué par une plume provoquant le bruit d’une bombe.

Pour incarner la gloire et la chute de cet acteur orgueilleux qui refuse de parler, aussi bien sous la menace de la torture dans ses films que dans son métier, Hazanavicius a choisi un acteur qu’il connaît bien pour l’avoir dirigé – et avec brio déjà – dans ses OSS 117 : Jean Dujardin. Primé à Cannes, ce dernier nous laisse sans voix. Avec une Bérénice Béjo rayonnante, ils forment un couple de cinéma digne des plus grands, maniant l’art du muet et des claquettes avec la bouille de Charlie Chaplin et les pieds de Gene Kelly.

Avec The Artist, Michel Hazanavicius confirme de lui ce qu’on avait entraperçu avec les OSS 117 : ce réal a un talent fou, qui n’a d’égal que son amour pour le cinéma et son histoire. Chaque plan regorge d’idées de mise en scène, de situations tantôt comiques, tantôt dramatiques. Sous sa caméra, c’est tout l’art du muet qui reprend vie. Il nous fait ainsi prendre conscience que, si le son a apporté beaucoup de choses au cinéma, il a aussi parfois provoqué un appauvrissement de la mise en scène et du jeu d’acteur.

Malgré quelques petites longueurs, on ressort donc émerveillé de ce film, avec une envie terrible de se plonger dans les archives du 7e art et de s’en mettre plein les mirettes. Encore.