Premier téléfilm de l’histoire en lice pour la Palme d’or, “Behind The Candelabra”, jugé trop « gai » par ses producteurs californiens, se voit lâchement abandonné à la programmation de la chaine américaine HBO. D’amers regrets s’en suivront, sans aucun doute, car l’ultime réalisation de Steven Soderbergh bénéficie d’une vague médiatique digne de son premier rôle, l’exceptionnel Michael Douglas, fier et brillant, au propre comme au figuré.

Les seventies s’achèvent, et Scott Thorson, candide et peu confiant de son homosexualité, croise le regard du « King of Bling », Liberace, un pianiste virtuose un rien exubérant.  Emerveillé, il intègre la forteresse de celui qu’il considérera comme son pygmalion à défaut d’un Dr Frankenstein. Captif, gigolo refoulé, le malléable Scott se transforme en l’objet des désirs démesurés de son maître : amant, fils, majordome, protégé, il amuse et apaise, avant d’être écarté tel un jouet démodé.

Une véritable performance pour Michael Douglas qui endosse le costume en tafta d’un artiste égoïste, perfide, mais qui derrière le strass et l’épais rideau des apparences, se révèle honteux de sa condition.

Soderbergh livre, non sans musicalité, une épopée sentimentale, victime de l’industrie du beau, coupable de ses amours interdites.

 

Céline Bernatowicz