Auteure d’une activité lucrative dont je ne dévoilerai pas la nature, je me mettais à la recherche d’un kot. Du sobre qui n’attirerait pas l’attention sur une étudiante –trop– douée en chimie. Avec les 234 studios voisins, ici à Meuse Campus, je me fondrai dans la foule sans problème.
La mission « Los Apartamentos » était lancée.

Avertissement : Inspirés de faits réels, certains passages relèvent cependant de la fiction.

Sandrine De Thuin de l’agence Eckelmans Immobilier me fait visiter un des dix nouveaux studios de l’ULg en dix minutes chrono, et les espaces communs semblent encore immaculés. Les facilités proposées me laissent miroiter des fêtes enflammées où couleraient à flots alcools, délices bleutés et personnes dénudées. Avec un tel forfait confort « sauna + terrasse panoramique », ma fortune serait incontestablement mise à bonne contribution.

L’excitation redescendue, « Mauvaise Nouvelle ». Personne n’est autorisé à rester dormir. Seuls trois invités seront autorisés à venir prendre le petit-déjeuner, à condition que votre formulaire de demande, rentré trois semaines à l’avance, avec signature d’un tuteur légal, lettre de recommandation, certificat médical, CV, lettre de motivation et carnet de vaccination pour chacune des personnes mentionnées, ne soit entériné par le jury des examens d’entrée de Médecine et du nouveau master en Communication multilingue réunis. Un conseil : « Better call » un pote qui étudie le droit pour vous aider.

Ça, c’est en théorie. En pratique, tous les moyens sont bons pour contourner ce règlement totalitaire. Parmi les plus courants : trafic de badges d’entrées et corruption du concierge à coups d’yeux doux.

Les autorités veillent au grain : rappel du règlement à chaque visite et rondes dans les couloirs chaque matin. L’agence tient à la propreté et au confort de son bâtiment. Pas une mouche ne pourrait venir infecter les lieux. Paradoxalement, certains étudiants vivaient encore dans les travaux les premières semaines : poussière, colle sur le sol, peintures fraiches. Matelas et chaises de bureau manquaient parfois et l’Internet n’était pas encore fonctionnel. Des détails, aujourd’hui quasi résolus, que beaucoup estiment pourtant peu tolérables et pardonnables au vu du prix déboursé.

Des studios qui n’ont en définitive de luxueux que le loyer ? Quitte à se la jouer mafieux prospère, on aurait espéré la présence d’une piscine ou d’un jacuzzi. On saluera tout de même les frais de charges compris et les chambres meublées, même si celles-ci sont aussi aseptisées qu’impersonnelles. Foncez si vous cherchez le calme. Autrement, fuyez. Il y a plus de vie dans le cancer de Walter White que dans cette résidence.

Et puis, à Liège, vous trouverez toujours un kot dans le toit plein de charme d’une maison délabrée à un prix bien trop élevé. Un problème avec ça, « bitch » ?