© Hugo Leroy

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Éloge de la folie, capharnaüm, chaos attirant : le P’Tit Torê relate les premiers ressentis d’un jeune liégeois perdu en terres libanaises. Durant six mois, vous découvrirez un univers dépourvu de sens. Un monde où dix-sept communautés vivent sans eau courante, mais avec les derniers modèles de voitures, sans électricité, mais entourés de grattes-ciel. Dans ce pays où se côtoient des invasions de cafards et les plus riches milliardaires du Proche-Orient, on vous racontera la vie d’un étudiant qui s’y est téléporté en Erasmus. 

La vie de l’université reflète les classes sociales les plus privilégiées de Beyrouth. Les gens sont riches, très riches et aiment s’en vanter. Les filles arborent dans leurs mains manucurées les derniers sacs Gucci. En face de l’université, la rue de Damas permet de voir le fossé social qui sépare les gens : des enfants fouillent les poubelles d’un hôtel de marbre noir dont les portes laissent sortir une Jaguar dernier modèle. À côté du monstre de marbre et de métal, culminant à des centaines de mètres, une vieille bâtisse est laissée à l’abandon depuis la guerre, uniquement colonisée par quelques arbres téméraires qui s’insinuent à travers les anciens impacts de balles. 

Les rues libannaises

© Hugo Leroy

Capharnaüm 

Lors de nos expéditions, Camille, Dimitri et moi semblons redécouvrir de nouveaux aspects de la vie. Les gens vivent dehors, installés dans des sièges en plastique sur un trottoir ou à même la rue. Ils saluent les étrangers, bredouillant un « Hi » ou un « Bonjour » marqueur de savoir et de statut social. On côtoie des femmes en tchador complet se baladant entre les bars étudiants, remplis à craquer. Des jeunes filles swipant sur Tinder alors qu’un chapelet usé pend à leur téléphone. Voitures rutilantes ou au vernis rouillé partagent les mêmes parkings. Ensemble de contradictions multiples où la vie s’articule paisiblement (en apparence) et où le temps avance à la fois vite et lentement. 

Le fait de vivre dans ce pays commence à installer en nous des mécanismes d’identité importants, je me sens plus belge, plus wallon et plus liégeois, alors que je ne m’y étais pourtant jamais raccroché comme une part de mon identité. Pour maintenir des repères, on compare logiquement à ce que l’on connaît, ce que l’on aime ou ce qu’on a l’habitude de voir et de vivre. D’un autre côté, on s’habitue à certains pans “plus choquants” : les enfants des rues qui jouent avec les premiers bâtons qu’ils trouvent, les cafards et les chats errants par dizaines, les militaires… On s’habitue à ce que les mères libanaises perdent leur prénom au profit de celui leur fils aîné ou les filles par celui de leur père. 

Rues libanaises

© Hugo Leroy

Le regard que je porte sur cette société n’est pas objectif, il est simplement extérieur. Depuis mi-octobre, une révolution à éclater : une révolution contre l’irrationalité, contre l’éclatement en communauté d’un seul et même peuple et contre ces contradictions que j’observe avec amusement. Durant les mois qui viennent, j’espère pouvoir observer aussi les changements réclamés par tous, et peut-être m’immerger toujours un peu plus dans ce monde. 

Hugo Leroy