14. Journaux étudiants 2

Là où il y a étudiants, il y a revendications. Une fois l’équation faite, il est facile de comprendre pourquoi un petit groupe d’entre eux se lance dans la rédaction d’un journal, leur servant de porte-parole. De la nécessité d’une bonne communication entre l’établissement scolaire et ses élèves naissent ces papiers, du même type que celui que vous tenez entre les mains.

Les pionniers dans le domaine sont sans surprise les États-Unis, leur première gazette universitaire, The Darmouth, datant de 1799. Celle-ci se voulait être « a faithful expression of the mind of the students », ambition qui ne tarda pas à se répandre à travers le pays. Moins d’un siècle plus tard, Harvard Crimson et Yale Daily News se joignaient en effet à elle. Aujourd’hui, on compte un, voire plusieurs journaux étudiants par université.

En France, les papiers étudiants tendent vers une spécialisation. Ainsi, on en trouve plusieurs par campus, traitant de sujets bien précis et ayant un public plus ciblé : les doctorants, les matheux, les anglophones,…

Dans notre plat pays, ces journaux se constituent généralement autour des groupements représentants les étudiants et assurant un lien entre l’université et ses élèves. C’est le cas à Liège, le P’tit Torê se développant sous l’aile de la Fédé, mais également dans d’autres grandes villes. À Namur, l’Assemblée Générale des Étudiants finance le Tap’AGE, tandis qu’à Louvain l’AGL s’exprime via la Vox Studentis.

Ces papiers prenant de plus en plus d’ampleur dans la vie étudiante, une législation a fini par se construire autour d’eux. C’est surtout le cas aux États-Unis, où les étudiants n’hésitent pas à prendre parti dans les controverses. Ceux-ci sont protégés par le premier amendement qui garantit la liberté de la presse. Il existe cependant une différence de traitement entre les universités publiques et privées, ces dernières ayant davantage de pouvoir sur le journal étudiant qu’elles hébergent. En effet, une pression peut être exercée sur le conseiller académique responsable de la gazette, celui-ci étant susceptible d’être démis de son poste ou réassigné à un autre.

En France, l’association Jets d’Encre s’est donné pour mission de reconnaître et défendre les journaux des jeunes. Elle spécifie que tout étudiant, en vertu de son droit d’expression et d’information, est libre d’écrire et ainsi de prendre position dans ses articles. Cependant, ces rédacteurs doivent répondre à un code déontologique particulier, leur travail n’étant pas le même que celui des journalistes professionnels. Fut donc mise sur pied la Charte des journalistes jeunes comme ligne de conduite.

Chez nous, en théorie, la loi ne permet pas à l’université d’agir sur le journal par pression ou censure. Cependant, cela ne signifie pas que l’établissement n’a aucun droit de regard sur le journal qu’il héberge. Il a bien sûr le droit d’exprimer son mécontentement par rapport à un contenu du journal, suite à quoi un mot d’excuse sera généralement publié. L’opinion est libre, mais le plus souvent ce sont les cas d’amalgame qui sont regrettés par l’université.

Ainsi, on constate que les élèves qui engagent leur opinion via un article sont protégés, mais ils ne sont cependant pas à l’abri de toute critique. Les journaux étudiants représentent donc, dans une certaine mesure, le reflet du métier de journaliste que certains exerceront plus tard. En attendant, promis, on ne publiera plus de photos de Staline ou d’illustration sur la Seconde Guerre mondiale.

 Pauline MICHEL

Charte des journalistes jeunes

Les journalistes jeunes :

1. Ont le droit à la liberté d’expression garantie par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et la Convention Internationale sur les Droits de l’Enfant.

2. Revendiquent le droit d’opinion et contribuent à garantir le droit de tous à l’information.

3. Prennent la responsabilité de tous leurs écrits ou autres formes d’expression, signés ou non.

4. Sont ouverts à toute discussion sur leurs publications et s’engagent par souci de vérité à rectifier toute information erronée.

5. Tiennent la calomnie et le mensonge pour une faute, sans pour autant renoncer à des modes d’expression satiriques ou humoristiques.

6. Tiennent la censure et toute forme de pression morale ou matérielle pour des atteintes inacceptables à la liberté d’expression, notamment dans les établissements scolaires, socioculturels et toutes autres structures d’accueil des jeunes.