« Mais ça peut pas être là ? T’es sûre ? Bon, on rentre. »  Je pénètre dans le bâtiment de la Fédé, et on m’indique que c’est au dernier étage. « Ah ouais, c’est la montagne de Bueren en fait, ces escaliers». Arrivée au dernier palier, je reprends mon souffle et pense sérieusement à faire du sport, un jour. On passe à côté d’un local où une grosse horloge numérique trône sur le mur, surplombant des micros et des tables de mixage.  En dessous, une banderole « 48fm » aussi large qu’un tableau, toute colorée et triomphante. « Ouais, c’est bien ici. »

Au départ radio pirate, 48fm passe ensuite au statut officiel de radio des étudiants liégeois. Depuis environ quatre ans, le média est diffusé via le 105.0MHz ainsi qu’en streaming par le biais de son site web, et ce 24/24. Mais bien que cette posture de ‘radio sérieuse’ ait été fraichement acquise, elle ne perd pourtant rien à son côté complètement décalé et marginal.  Une grille des programmes qui n’a franchement rien à envier à la célèbre « Radio Rock » du film Good Morning England. Et ça je ne le sais que depuis aujourd’hui.

Quand je rencontre Fred, le big boss actuel du projet, il me sort la question fatidique tout en se réajustant dans son siège : « Bon, alors tu veux savoir quoi ? ». Là, je me rends compte que je veux tout savoir, parce que je ne sais rien, en fait. C’est vrai, c’est honteux, moi je suis le genre de fille qui n’écoute déjà plus la radio. Je consacre mes soirées à l’espionnage intensif de mes contacts facebook en réécoutant parfois mes vieux albums, puis je saupoudre ça d’un épisode de série. Ou deux. « En gros, tout. », lui avoue-je. Autant jouer la carte de l’honnêteté et faire fi de ma médiocrité en interview.

Totalement compréhensif et aussi cool que son nom de famille, (‘Cools’, pour l’anecdote), il m’apprend que sur environ 60 animateurs âgés de 16 à 45 ans, la moitié sont des étudiants, et que l’autre moitié sont des passionnés venus de tout horizon. Dans le lot, pour illustrer, il y a des jeunes qui viennent parler rap et délirer pendant 4h dans un programme répondant au doux nom de « Emission de la mort » le samedi, puis y a aussi des mordus de ciné qui partagent leur passion dans « Rosebud » le même jour, pendant 2h. Des émissions aussi variées que les tenues de Lady Gaga, et un choix de paysage musical audacieux (ouais, donc ‘y a probablement pas de Gaga hein, sur 48fm. Enfin quoique). Fred me parle aussi subrepticement d’un certain « Clic sur musique libre », une playlist d’une heure de musiques non-cautionnées par la Sabam… « un truc total clandestin quoi ! ». Il me répond gentiment que non, mais quand même, ça y est, je suis déjà trop curieuse.

Puis, ce qu’il y a de bien avec eux, c’est qu’on n’est pas embêtés par des pubs qui viennent casser toute l’ambiance à chaque quinzaine de minutes. Je me souviens tout d’un coup pourquoi j’avais arrêté d’écouter la radio. « Et sinon, vous faites quand même une promo ou quoi ? », il hoche de la tête et me dit que les artistes locaux sont évidemment les bienvenus. Une mise en avant du culturel liégeois, le tout dans un esprit de découverte et de différence. Le magazine KULT, bimestriel au service de la radio, et dans les bacs de l’unif depuis tout juste un an, sert également de tremplin pour tous ces artistes au talent encore trop peu reconnu.

Financée à moitié par la Communauté française et à moitié par l’université, 48fm est également en collaboration avec de nombreuses associations comme la Médiathèque, la Zone, le festival Esperanzah, et d’autres encore. Elle organise également des concours de musique, et des concours d’école. Le mot d’ordre est l’ouverture, aux autres et d’esprit. Et bien que la grille des programmes soit bien remplie pour le moment (une quarantaine environ !), la rédaction est ouverte aux idées de projet. Ainsi qu’aux éventuels feedbacks. Pour la suite, notre petite radio universitaire roule sa bosse, et espère émettre bientôt dans les bâtiments du XX août une version « allégée ».

« Et… ‘y a une antenne libre ? Style parole aux auditeurs ? ». Fred me lance un dernier regard attendri doté d’un sourire narquois, « Non, mais ‘y a Fun Radio pour ça ». Oui…, puis de toute manière, à 48fm, ils ont « Emission de la mort », donc ça peut pas test. Et ce soir, j’écris avec mon radio-réveil qui crachote la playlist de « Pop Culture » en fond sonore. Classe.

http://48fm.com/ – 105.0MHz