Le mur de la honte se brise à Berlin, les deux blocs s’effondrent. La nuit du 9 au 10 novembre 1989 va marquer un tournant dans l’histoire de l’Allemagne. À 23 ans, Lisa n’a pas connu la chute du mur. Pourtant, d’une certaine manière elle vit avec au quotidien. Entretien avec Lisa Janine, étudiante allemande. 

Mur de Berlin

© Jeison Higuita

“Je me dis souvent que j’ai de la chance” sourit Lisa, étudiante en master de philosophie et français à l’université de Dresde (ville de l’Est de l’Allemagne). À l’école ou bercée par les souvenirs de ses parents et grands-parents, Lisa se représente très bien la vie durant les deux Allemagnes : “Quand mes parents étaient jeunes, ils ne pouvaient pas vraiment voyager. Un jour, ils ont pu aller en République Tchèque ou en Hongrie, c’est tout”. Les voyages étaient restreints et souvent limités au pays rattachés à l’ancien bloc soviétique. Aujourd’hui, à Liège, dans le cadre de ses études, elle a déjà étudié au Canada et visité de nombreux pays à travers le monde.  

Mur de Berlin

© Doğukan Şahin

Elle se rend compte des opportunités créés après la réunification. Elle fait remarquer le grand nombre de formations proposées actuellement en Allemagne et la liberté de choisir celle que l’on souhaite. “Mes parents m’ont expliqué qu’à l’Est, être pratiquant était un désavantage pour rentrer à l’université”. Une situation que Lisa n’imagine pas en 2019 où plus 60% de la population allemande se déclare officiellement croyante. Mais ce ne sont pas les seules choses qui ont évolué. “En ce moment beaucoup d’Allemands manifestent, notamment pour le climat. Ça serait impensable de ne pas pouvoir manifester”. Pourtant en RDA (République démocratique allemande), l’Etat avait le plein pouvoir. Il contrôlait et enquêtait sur toutes actions ou pensés politiques divergentes. 

Un voile persiste 

“Tiens vous n’avez pas de banane à l’Est ?”, s’amuse parfois une de ses amies venue de l’Ouest, qui ne voit pas le fruit sur l’étalage du supermarché – dont le stock était en réalité épuisé. Un pique qui rappelle les restrictions alimentaires de l’époque. Trente années se sont écoulées et certains stigmates persistent toujours. Au niveau économique, “les gens sont, encore aujourd’hui, moins bien payés à l’Est qu’à l’Ouest” s’indigne Lisa. Mais, elle se veut rassurante : “il y a encore des petits stéréotypes ou des différences entre l’Est et l’Ouest, mais ce sont des broutilles. Je pense qu’en général, tous les Allemands sont heureux depuis la réunification. Ils se rendent compte de la chance de vivre dans un pays uni et ouvert au monde”. 

Malgré une tendance politique internationale à vouloir construire des murs un peu partout autour du globe, Lisa reste pleine d’espoir et confiante pour l’avenir. Elle espère que tous sauront tirer des leçons du passé. 

Patrick Lima