© Pelin Agaclitepe

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Cette année, la Fédé ULiège lance une campagne de sensibilisation aux violences sexuelles. À cette occasion, plusieurs événements auront lieu durant l’année, afin de sensibiliser la population étudiante à ces problèmes de société, les étudiant.e.s faisant aussi partie des victimes. La première action est une conférence intitulée « Violences sexuelles : conséquences et prévention » qui s‘est tenue le 4 décembre dernier, en collaboration avec l’Université de Liège, la BeMSA Liège et le CHEL Asbl. 

Pour correctement appréhender le sujet, il est important de définir la violence sexuelle. Selon l’OMS, il s’agit de « [t]out acte sexuel, tentative pour obtenir un acte sexuel, commentaire ou avances de nature sexuelle, ou actes visant à un trafic ou autrement dirigés contre la sexualité d’une personne en utilisant la coercition, commis par une personne indépendamment de sa relation avec la victime, dans tout contexte, y compris, mais sans s’y limiter, le foyer et le travail ». 

Violences sexuelles au sein de l’Université 

En lien direct avec les mouvements #MeToo et #BalanceTonPorc, les violences sexuelles ont été fortement médiatisées ces dernières années. Cela a permis à de nombreuses victimes, qui avaient préféré taire leur agression, de se sentir suffisamment en confiance pour finalement s’exprimer sur le sujet. En octobre dernier, un sondage anonyme et volontaire a été lancé auprès d’étudiants et a récolté 56 réponses. Bien que cet échantillon ne soit pas représentatif de la population estudiantine, ce sondage permet de montrer que les victimes de violences sexuelles sont bien présentes au sein de l’institution universitaire et souvent plus proches qu’on ne pourrait le penser. Le sondage révèle que plus de 40% des répondants ont déjà subi des violences sexuelles. Les attouchements en sont la forme la plus fréquente. Ensuite, vient le harcèlement moral et verbal et enfin le viol. Douze victimes ont déclaré avoir été violé.e.s. Le sondage n’étant pas obligatoire, ce chiffre pourrait être supérieur, en tenant compte que certain.e.s sondé.e.s ont coché qu’ielles ne préféraient pas y répondre. Dans presque 90% des cas, l’agresseur était un homme et vingt victimes connaissaient leur agresseur. L’âge auquel l’agression a été subie varie, la tranche la plus importante se situant entre 18 et 25 ans. Enfin, concernant le suivi de ces agressions, seules quatre victimes déclarent avoir porté plainte. La plupart d’entre elles ont préféré ne pas parler de ce qui leur est arrivé. Ces résultats démontrent qu’il est non seulement important d’en discuter, mais aussi de déconstruire ce sujet sensible et de faire une introspection sur la société et sur notre comportement individuel. 

Violence sexuelle ordinaire, ou rape culture 

A l’origine de ces résultats, on retrouve toutes sortes de violences sexuelles, plus ou moins subtiles, plus ou moins conscientes, qui finissent par tous nous toucher, nous ou nos proches. Parmi celles-ci, il y en a une plus insidieuse, qui se fait quotidiennement, dans les discours les plus anodins et banals : la violence sexuelle ordinaire, aussi nommée « culture du viol ». Terme forgé dans les années 70 dans des courants féministes américains, celui-ci dénonce une normalisation, voire même une minimisation des agressions sexuelles au sein de la société. Celle-ci se réalise à travers des images et des conceptions de genres et de ce que la société considère comme du « vrai viol », finissant par blâmer la victime et excuser le violeur. 

Tout le monde peut être victime de ces actes, de ces mots, ou en être l’émetteur : « Oui, mais elle l’a bien cherché », « Elle n’avait pas qu’à », « Quelle idée en même temps », « En vrai, elle a aimé ça », etc. Toutes ces remarques et représentations, sans être des crimes, alimentent la culture du viol. Cela a pour conséquence de transformer celui-ci en un fait banal, où victime et agresseur portent chacun une part de la responsabilité. Pourtant, une seule phrase doit être retenue dans ces circonstances : ce n’est jamais la faute de la victime. Le simple fait que ces quelques mots sonnent faux dans la tête de certains est suffisant pour dénoncer un problème inhérent à la considération de la violence qui est associée à la sexualité, problème sur lequel il est plus qu’urgent de se pencher. 

Engagements 

Le groupe de travail de la Fédé chargé de s’occuper de cette campagne de sensibilisation sur les violences sexuelles compte développer cette thématique à travers plusieurs actions et événements à étendre durant l’année : une conférence, des capsules vidéo, une exposition de témoignages ou encore des ateliers sur le consentement. En plus de ces initiatives au sein même de la Fédé, on retrouve plusieurs actions engagées sur le sujet depuis quelques semaines dans la société civile : marche contre les violences sexuelles, campagne de sensibilisation sur les violences conjugales, etc. Sans que celles-ci soient issues de la Fédé, elles n’en restent pas moins liées étroitement aux étudiant.e.s et à leur quotidien, méritant toute l’attention et la visibilité qu’on peut leur offrir. 

Le sondage et la présentation de ces violences nous ont fait prendre conscience de la nécessité d’informer et de sensibiliser au plus vite. En axant cette année sur les violences sexuelles, nous souhaitons apporter notre pierre à l’édifice dans ce combat et permettre à chacun de se questionner, de trouver du soutien et, surtout, de dénoncer ces actes que nous condamnons. Nous sommes convaincus que chacun peut, à son échelle, faire la différence pour rendre notre monde meilleur. Nous souhaitons agir et communiquer afin que l’Université de Liège devienne un lieu sûr, où chacun.e puisse se sentir en confiance et rassuré.e.  

Elena Sciara et Alexis Pirnay

Le P’Tit Torê a d’ailleurs réalisé une vidéo témoignage que vous pouvez retrouver sur nos réseaux