À première vue, rien ne laisse voir que Boris, un grand gars à la carrure impressionnante, a perdu une jambe suite à une chute de ski. Déambulant dans les couloirs, un grand sourire et des yeux malicieux derrière ses lunettes, il nous parle de son amputation, de ses (très nombreux) projets comme ses sorties régulières dans le Carré.

« Ce qui me fait rire parfois, c’est la tête des gens quand je me balade à cloche pied le long de la piscine en vacances, surtout quand les gens ne sont pas prévenus… Ça fait partie de moi, c’est certain, mais je ne dois pas me définir uniquement par ça. Pour l’accepter tu en plaisantes, tes potes te surnomment jambe de bois, ce sont des petites choses qui font de toi qui tu es, mais il ne faut jamais se limiter à ça ». Boris Wardega est en dernière année de Kiné, touche à tout depuis toujours, il oscille entre plusieurs stages et formations, de la Sorbonne à Liège. « J’ai du mal à me poser, à faire une chose à la fois, mais c’est ça qui me permet de rencontrer plein de gens, de garder une attitude positive, de vouloir, encore et tout le temps, profiter des opportunités. Même si, quand je suis retourné en chapi une petite année après l’opération, je me suis dis après coup que j’aurais peut-être du me calmer : quand tu tombes, même si tes potes sont là, tu reviens rapidement à la réalité ». 

Boris Wardega

Difficile de croire que cette sympathique grande gueule a pu un jour se retrouver coincé dans un lit d’hôpital, défoncé aux médocs, prenant la décision finale de l’amputation : « Mes parents n’ont pas compris, mais je savais que c’était le bon choix : plutôt ça que des mois de complications sans aucune certitude de garder ma jambe… ça a mis du temps pour que je m’accepte comme ça. T’as une période où tu vois plein de gens venir dans ta chambre, plein de soutien d’inconnus. Finalement, tu ne réfléchis pas, tu fais ce qui te semble naturel. J’avais mes piliers : mon père surtout, ma copine aussi, sans eux je crois que j’aurais pas su être heureux comme je le suis aujourd’hui ». Son rêve d’être pompier, comme son père, change. L’image et l’objectif de ce grand sportif s’adapte. Au début, c’est aussi les assurances, les trajets entre les hôpitaux, le coût élevé de l’achat d’une prothèse.

Mais, à peine quelques mois après son accident et contre l’avis des profs, il passe ses examens, toujours soutenu par ses potes et son père. « En fait, j’ai compris ce qui était important, mes piliers, mais aussi les choses pour lesquelles je n’allais plus me prendre la tête ». Dans le milieu médical, où tout le monde connaît « Bobo » sans parfois l’avoir jamais rencontré, on lui propose des stages, on lui fait la bise dans les couloirs du CHU. Pour lui, c’est aussi des liens qui font avancer les choses : « Mon généraliste, un vieux bonhomme de 70 ans, fait encore des journées jusqu’à 20 ou 21h et il est double amputé. Si lui il y arrive, c’est que je peux le faire aussi ! ».

Hugo Leroy