« Non pas des choses nouvelles, mais d’une manière nouvelle », voilà une expression latine qui résume le contenu de  l’interview  du  professeur  d’histoire contemporaine,  Philippe  Raxhon : « plus je vieillis, et plus je vois d’abord les similitudes, plutôt que les différences, entre cette jeunesse et la mienne ».

En 1983, lorsque M. Raxhon sort de l’athénée de l’Air Pur de Seraing, il entame directement des études d’histoire. 4 ans plus tard, il postule comme aspirant au FNRS. Sa première demande cependant refusée, il comble une année « vide » en exécutant son service militaire. 1988 arrive, et avec elle, une nouvelle demande qui cette fois-ci aboutira. Monsieur Raxhon franchira ensuite les étapes de chargé de recherche, chercheur qualifié et professeur ordinaire, en 2009: « Je suis dans la maison depuis l’âge de 18 ans et je n’en suis jamais sorti. Je fais partie des meubles » confie-t- il, avec un grand sourire.

Durant sa jeunesse, monsieur Raxhon était un sorteur: « L’année de mes 20 ans, j’ai passé plus  de nuits dans le Carré que dans mon lit ». Le ton est donné. « J’aimais la guindaille », surtout pendant les années de Candi (soit de bachelier), « j’y mettais une allégresse et une énergie propre à la jeunesse ». Et de rajouter « J’écumais le Carré jusque tard, ou tôt (rires généreux). Ca participe au développement de l’individu ». Un souvenir cependant l’a marqué: celui des  fricassées lard et saucisses aux Carmes à 5h du matin avec les amis, au printemps, avec une légère brise, un soleil levant, et des oiseaux joyeux, eux aussi. «  C’est inoubliable ».

Mais derrière les allures d’un guindailleur averti, se cache aussi un homme féru de travail: « Je travaillais beaucoup, absolument tous les jours. Le tout est une question d’organisation ». Et c’est justement d’organisation qu’il parle longuement: « Il faut bien répartir ses moments de travail. Je préférais travailler 2 fois 2 heures plutôt que 1 fois 4 heure ». « Pour étudier, j’étais plutôt du matin. Entre 7h et 12h, ça allait, j’étais productif, mais à partir de 12h, c’était un lent déclin durant lequel une bonne sieste s’imposait », confie-t-il avec un sourire  étiré.

Pour les examens, il avait un rituel : « Je jouais à aller aux examens ». « Je sollicitais un imaginaire de cette âge-là qui était alors celui des chevaliers face aux dragons ». « En rentrant dans la salle d’examen ce n’était pas moi: c’était mon clone ». Cette technique lui a permis de prendre du recul et de la distance, et de ne pas être saisi lors de moments de stress. Il déconseille en outre d’attendre devant le local de l’examen si celui-ci est un oral : « il y a des ondes de stress, c’est incroyable ». « Si ceux qui  sortent ont raté, on stresse en se disant que nous aussi on va rater, et s’ils ont réussi, on stresse en se demandant si on va réussir ».

Plus il avance, plus il voit de similitudes entre nous et sa génération. Nous avons les séries, et lui avait Rolland-Garros (il appelle d’ailleurs cela « le syndrome Rolland-Garros », lorsque vous commencez à regarder pendant un jeu de 10 minutes et que ces 10 minutes deviennent 1 heure voire tout le match…); il avait aussi un blocus long, et chargé en travail, des soirées mémorables, des examens stressants, … Mais au milieu de toutes ces similitudes, il veut vous adresser un message: « Accrochez-vous, soyez patient dans votre travail, soyez passionnés, soyez curieux (surtout, il a beaucoup insisté),  et soyez amoureux de la liberté ».

Thomas Ravanelli