Lieu de splendeur en tout genre, porte vers un autre continent, plaque tournante de la bonne humeur matinale et du trafic de drogue, ce monument de la culture liégeoise ne cesse d’étonner et de surprendre. Le P’Tit Torê a décidé de se réveiller au côté d’une légende urbaine, entre dure réalité et sentiment de toucher à l’intemporel.

13. Matongé

© Elif Sakalihasan

Un ballet à la main, Samba s’approche des quelques cadavres gisant sur sa terrasse. D’un geste vif, il expédie les derniers morceaux de verres dans l’égout. Les trois arbres bourgeonnant masquent la façade fatiguée du Matongué wallon.

8H30, quelques bières aux tables, un bonjour, une accolade pour les habitués : le nécessaire de chaleur humaine en ce matin glacial. La dizaine de clients rivalise de couleurs pour la veste, le chapeau ou les chaussures tout en alternant clopes et bières pour tout déjeuner, sous les regards désapprobateurs des
passants.

Deux flics s’approchent, comme tout les matins, pour signaler des plaintes pour tapages des voisins. Un rapide mot d’explication suffit à leur faire comprendre que le patron n’en a rien à faire. Ils s’en vont, comme tout les matins, bredouillent. La lourde palette frappe le trottoir avec violence. « Un enfer pour se garer ce matin… » bougonne Henri. Le demi-mètre de trottoir laisse peu de chance au demi-tonne du brasseur. Sur cette terrasse coincée entre les quais et la place administrative s’écouleront les 7 fûts de la matinée : une petite journée pour le Matongué.

Hugo Leroy