Mercredi 16 janvier, le Conseil d’Administration de l’ULiège se réunissait pour, entre autre, débattre de l’externalisation ou non des kots universitaires. Entre jeu politique et agenda masqué faut-il vraiment s’alarmer ?

Les logements universitaires permettent aux étudiantes et étudiants qui ont des difficultés financières à se loger, pour un loyer compris entre 250€ et 350€. Il faut donc d’emblée affirmer une chose: une augmentation des loyers mettrait en péril ces étudiantes et étudiants, déjà en situation précaire.

L’Université a choisi d’externaliser, au terme de sa réunion, ses logements universitaires. Je pense cependant que crier au loup est encore prématuré: qui dispose donc d’une boule de cristal pour aller affirmer que les loyers vont augmenter ? C’est pourtant là ce qu’a fait le Comac (les jeunesses politiques du PTB) en affirmant que si les kots passaient aux mains du privé, les loyers augmenteraient et dépasseraient le seuil de 350€. Or ce raisonnement, trop systématique, est erroné, et ce pour deux raisons.

© ULiège - Globalview

© ULiège – Globalview

La première est que les prix ne vont pas de facto augmenter si le Privé exploite les bâtiments. Rappelons-le, une externalisation consiste à laisser une autre personne morale ou physique exploiter votre propre bien. Il ne s’agit donc pas d’une privatisation. Une externalisation demande en effet une période d’exploitation définie, et ainsi un contrat. Si ce contrat est bien négocié par l’Université, ce que tous ceux et celles qui sont contre l’augmentation du loyer souhaitent, et donc moi y compris, les loyers n’augmenteront pas, grâce à des mécanismes financiers déjà utilisés par des entreprises et ASBL, malheureusement trop complexes pour cette carte blanche.

La seconde raison qui me pousse à penser que cette colère est prématurée, concerne un audit réalisé par HEC pour le CA de l’ULiège que j’ai pu lire attentivement. Dans ce document confidentiel conséquent, il est fait une comparaison entre les loyers des différents parcs immobiliers des institutions d’enseignement supérieur.

On constate que tous les parcs immobiliers exploités par le Privé (et donc eux aussi externalisés) proposent des loyers entre 250€ et 350€. Je ne suis pas un expert immobilier et encore moins comptable, cependant, il me semble que si ces autres institutions ont pu réaliser ce défi, la nôtre le peut aussi. Je citerai à titre d’exemple les logements universitaires de l’ULB, qui sont pourtant situés sur des zones urbaines où le loyer actuel dépasse de loin les 350€ des kots étudiants. Et disons-le également, d’après les documents, il n’y a pas eu une baisse de service…

Il s’agit là bien plus d’une lecture idéologique de facteurs (parfois même exclus) plutôt qu’une prise en considération de ces mêmes facteurs dans un champ subjectif.

Sur les réseaux sociaux par ailleurs, j’ai pu assister à un enflement du sujet, certaines et certains se disant complètement pris de court, d’autres affirmant que c’était trop précipité. Marjolaine Bianchini, membre Comac, auteure de la pétition et interviewée à plusieurs reprises par certains médias a même reproché au Recteur et au CA de ne pas la laisser s’exprimer et défendre sa pétition en personne lors de leur réunion, et a sous-entendu une absence de démocratie à l’université dans un post Facebook.

La soit-disante “précipitation” avancée par les membres du Comac n’en est rien. En effet, voilà maintenant plus de 5 mois que la Commission logement de l’ULiège travaille sur le dossier des logements universitaires. Les documents envoyés au CA n’en constituent qu’une synthèse et la somme du travail réalisé depuis plus de 5 mois. Quand on creuse un peu (ce que j’aime faire), on voit même apparaître le nom d’une étudiante élue qui est membre de cette commission et inscrite sur la liste Appel. Son nom ? Lindsay Derclaye. Oui mais voilà cher lecteur, chère lectrice, Lindsay est aussi membre du Comac et très bonne amie de Marjolaine (suffisamment pour cuisiner ensemble des crêpes lors de la chandeleur). Du coup, me vient une question en tête : N’est-il pas étonnant que le Comac, et en particulier Marjolaine, attende 5 jours avant le vote pour manifester son désaccord ? Sûrement, Lindsay ne savait pas ce qui se faisait à la commission ? Sûrement les deux amies n’en ont jamais parlé ?

En attendant, même si l’acte de parole a cruellement manqué, la colère, les accusations et les remarques simplistes, n’ont jamais fait défaut au Comac.

Mais les cartes blanches étant ce qu’elles sont, il ne m’appartient pas de dire qui a raison et qui a tort. En revanche, il m’appartient très certainement de mettre à jour l’agenda du Recteur. Car oui chère lectrice, cher lecteur, si la question des 30 millions s’est effectivement posée, c’est sur demande du Recteur qui a souhaité injecter l’argent dans “la Recherche” et “l’Enseignement”. Sûrement, le Recteur souhaite rénover des amphithéâtres, et ainsi perpétrer un mode d’enseignement inutile et contre-productif. Aussi sûrement, souhaite-t-il investir dans la “technologie”, ce nouveau créneau, en achetant des tableaux interactifs dont personne ne se sert et que personne ne sait utiliser.

En fait, le débat sur les logements universitaires n’a de sens qu’à partir du moment où tous les étudiants et étudiantes ont été assurés/es que la priorité pour Monsieur Wolper, c’est le bien-être des étudiants, et pas l’augmentation du nombre de publications afin d’augmenter le ranking international de l’université. Sauf que dans tous ce ramdam, c’est bien la seule chose dont nous manquons: la certitude du bien-être étudiant. Et si celui-ci venait à manquer, il faudra le rappeler au Recteur Wolper.

Thomas Ravanelli