Je m’apprêtais à rédiger un article sur le café liégeois, Le Fiacre. Et voilà que j’apprends, via la page Facebook du café (http://on.fb.me/WLlxtM), la triste nouvelle – oui, je prends parti – de sa potentielle fermeture. Redirection de mon article, donc.

Je ne vous conterai pas par conséquent – comme il l’était prévu – le plaisir éprouvé à déguster une Curtius fraîche et mousseuse au milieu de pierres d’époque. Je ne ferai pas la promotion gratuite de Bilboquet – l’agence liégeoise auteur du design des lieux – ni d’artistes émergents dont le café accueille ponctuellement les concerts, ni des artistes plastiques, futures figures de l’art contemporain encouragés par un espace-galerie aménagé sur le côté du café, ni même de ses soirées ludiques, cérébrales et arrosées « A la Poursuite du Fiacre ».

Non, aujourd’hui, je n’aborderai pas la promotion culturelle à Liège. Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui ses citoyens assistent une fois encore à la preuve de son extinction.

Installée depuis janvier 2012, l’ASBL R-7 – sous l’impulsion des deux liégeois, Kim Maréchal et Christophe Nullens – exerce avec entrain et innovation son activité. Unique en son genre, Le Fiacre devenait le haut lieu de rassemblements culturels, urbains et jeunes. Victime de son succès, il est arrivé au café d’être bondé. Je pense notamment à la dernière Nuit Curtius, mettant à l’honneur la micro-brasserie et le groupe liégeois des Kennedy’s Bridge où près de 600 participants ont répondu présents. Noir de monde, le café voit alors sa clientèle occuper la Place Saint-Denis et sa fontaine, qui fait face à l’établissement. Mais ce genre d’événement est ponctuel : en temps normal, les nuisances sonores sont rares. La terrasse estivale cessait même d’accueillir les derniers arrivants lorsque l’heure se faisait tardive (vers 22-23h).

Je ne pense pas que Le Fiacre occasionne plus de nuisance qu’un autre café. Pour habiter à deux pas du Carré,  je sais que ces deux quartiers abritent autant de riverains l’un que l’autre (c’est-à-dire relativement peu). Ce n’est pas pour autant que Monsieur le Bourgmestre fera fermer les bars et cafés qui me servent de voisinage, exerçant jusqu’au petit matin, 7 jours sur 7, pour ainsi dire.

Suite à une lettre-pétition contre la City Parade, Monsieur Willy Demeyer a vite fait de rappeler l’impact positif qu’un événement d’une telle ampleur a pu avoir sur l’environnement direct du quartier et de témoigner « d’un fort regain d’intérêt pour notre Ville et d’une attractivité enfin retrouvée ». Ah ben oui, quand ça rapporte de l’argent à la Ville (dit-il avec un grand V) ça ne pose plus tant de problèmes. Liège se prend pour plus grande qu’elle n’est et qu’elle ne pourra, si ça continue ainsi, jamais rêver être.

Un jour, Liège deviendra ouverte, cosmopolite, pro-active et créative, mais en attendant, tout ceux qui auraient pu en être à l’origine l’auront déserté. De qui je parle ? De la jeunesse. En mettant terme à des initiatives telles que celle du Fiacre, la ville prend le risque de les voir à l’avenir, s’auto-avorter. C’est un scénario catastrophe, me direz-vous. Beaucoup d’entre nous ne se laisseront pas faire et continueront de porter leur ville, mais d’autres, iront aussi voir ailleurs. L’art et la culture font partie de ces éléments qui font une ville et poussent ses habitants vers un mieux. Par conséquent, comment faire lorsque celle-ci ne cesse d’être occultée (rappelons la fermeture de la Soundstation ou le fait qu’il n’existe plus aucun disquaire dans le centre) ? La censure finira par produire des effets de censure préalable. Fatigués par cette médiocrité, les étudiants risquent d’aller voir si l’herbe ne pousse pas mieux ailleurs. In fine, Liège pourrait bien finir sans âme culturelle – élément dont, j’en suis persuadée, contribue à l’identité propre d’une ville – et se confirmera être une ville où seuls les guindailleurs et les guindés se côtoieront. Ceux qui n’auront plus que le Carré où sortir et ceux qui ne voient pas plus loin que le bout de leur maison.

Des fois, à part son Université et ses Hautes Ecoles, je me demande ce que Liège a de « ville étudiante ». L’avis des Erasmus est éclairant, mais il suffit encore d’aller vers la Capitale, Gand ou encore Anvers, où les activités culturelles foisonnent, tous les jours et à moindre prix. À Liège, à part le week-end, le choix est franchement restreint. Le succès d’une ville ? Développer les activités d’une part, assurer la meilleure qualité de vie pour ses habitants d’autre part, voilà en quoi consiste le rôle des autorités. Ici, l’harmonie a clairement été rompue.

Avec plus de 900 partages et près de 500 likes sur Facebook, en quelques cinq heures, on se rend compte de la révolte que pourrait susciter une telle décision de fermeture. En attendant la suite des événements, comme beaucoup d’entre vous, je ne perdrai pas de vue cette lettre, à l’heure de voter ce dimanche 14 octobre.