Photo de William Sheller

A l’aube des années 70, un jeune musicien français compose une messe du temps présent, synthétisant parfaitement les grands styles d’une décennie tumultueuse. Le disque ne rencontre guère son public mais excite la curiosité des mélomanes, aujourd’hui. 

Après une tentative infructueuse en tant que chanteur avec un premier single Couleurs  en 1968, William Sheller emprunte alors une autre voie. Tapi dans l’ombre, il effectue une carrière de compositeur et d’arrangeur et signe les musiques de bon nombres d’artistes de variété à succès. Toujours à la même période, il travaille sur la Bande Originale du film Erotisimo de Gérard Pirès et rencontre sur le tournage, une monteuse avec qui il se lie d’amitié. William Sheller lui offre un cadeau de mariage pour le moins inattendu en écrivant une messe.  

En 1972, Sheller commercialise cette célébration nuptiale qui paraît sous le nom de Lux Aeterna.  A l’époque, l’œuvre demeure relativement confidentielle tant l’artiste bouleverse par sa modernité. Il s’agit d’une symphonie empruntant les codes de l’Opéra, du Rock progressif, du Rock psychédélique, du Funk et enfin de la musique électronique. William Sheller semble posséder l’influence de Pink Floyd en noyant les chœurs sous une nappe de guitares planantes et d’orgues. Il va même jusqu’à anticiper les premiers disques du géant Jean Michel Jarre. Les breaks de batterie dominent certains morceaux, offrant plus de trente années plus tard, la matière nécessaire aux beatmakers. Le thème principal sera d’ailleurs réutilisé par le groupe de Hip-hop américain, Delton 3030, pour le titre 3030.  Une œuvre visionnaire.  

Vincent Abieri