Liège sans pub - Musée urbain éphémère

Liège sans pub – Musée urbain éphémère

 

Depuis novembre dernier, le collectif Liège sans pub multiplie les actions anti-pub dans le but de faire pression sur la Ville de Liège. La cible ? Le renouvellement du contrat de gestion de l’espace publicitaire avec la société JCDecaux. Les enjeux ? Une ville plus saine, plus éthique, plus conviviale.

 

Musée à ciel ouvert

Sous une drache interminable et un ciel des plus gris, Marie monte péniblement la rue. Une dizaine d’affiches sous les bras, elle traîne son sourire jusqu’au numéro quinze. Pas le temps de tirer la gueule, le rendez-vous est pour 10h. Arrivés dans un vieux squat poussiéreux au rez-de-chaussée d’un petit appartement, une dizaine de militants « Liège sans pub » s’affairent et discutent en tous sens. « Quelqu’un a les clefs pour ouvrir les panneaux JCDecaux ? » Après plusieurs détournements publicitaires et vandalisme anti-pub, le collectif se lance cette fois dans un projet d’envergure : inaugurer un véritable musée à ciel ouvert dans les rues de Liège, remplaçant les annonces par une série d’oeuvres d’art en tout genre. Une heure de préparatifs plus tard, l’équipe s’envole pour le centre-ville.

 

Activisme à découvert

La petite troupe descend pont d’Avroy et commence à recouvrir les publicités sous les regards curieux des passants. Marie-Jo, Chiquita, Coca-Cola, tout y passe. « La pub, beurk ! » scande un dessin de Bla-Bla1. Les Liégeois réservent un bon accueil à cette initiative originale, et commentent bon train les oeuvres exposées. Pour les militants, il s’agit d’une « occasion de réfléchir et d’échanger autour de ce que nous voulons voir dans nos rues ». Pour cette fois, le collectif sort au grand jour et s’accompagne de photographes pour couvrir l’événement. Pas de discrétion, pas de complexe : l’action est supposée légale. « Nous ne faisons qu’exercer notre liberté d’expression ». Mais quand les sirènes de la police se font entendre, le stress monte et les activistes se mettent à couvert. « Dispersion ! » Au bout du compte, pas si légale que ça ? Un sprint plus loin, les gars reprennent leur souffle. « C’est pas pour nous, il y a une alerte au colis piégé ». Esquivant les flics, slalomant dans la circulation, le groupe liquide ses dernières affiches. Et laisse derrière lui une véritable galerie d’art.

 

De la mare à l’océan

Fondé sur les vestiges du réseau MARRE (mouvement anti-pub et pour une réappropriation réfléchie de l’environnement), Liège sans pub est un collectif né en réaction à l’annonce du renouvellement du contrat de gestion de l’espace publicitaire entre la ville de Liège et l’entreprise JCDecaux. L’organisation se lance alors dans une série d’actions anti-pub : dégradation de panneaux en novembre 2016 (« No-Ad Day »), détournements publicitaires remarqués lors de la Saint-Valentin 2017 (« Faites l’amour, pas les magasins »), récupération de l’espace par l’art fin avril 2017 (« musée urbain éphémère »). Objectif : sensibiliser l’opinion publique et récolter 10.000 signatures d’ici août 2017. De quoi forcer les élus locaux à « se saisir de l’occasion pour mettre fin à la publicité dans l’espace public, vu ses impacts sérieusement dommageables sur la santé, l’environnement et la qualité de l’espace public, ainsi que le problème éthique qu’elle suscite en captant notre attention contre notre gré.2 »

 

Ludovic Minon

1 Emission RTBF pour la jeunesse diffusée entre 1994 et 2010

2 Manifeste de Liège sans pub, disponible sur liegesanspub.be