L’ordinateur portable fait aujourd’hui indéniablement partie des technologies qui remplissent les salles de cours. Qu’en pensent les professeurs ? Le P’tit Torê a posé la question à Fabienne Fecher-Bourgeois (Economie), Pierre Verjans (Science Politique) et Christophe Lejeune (Sciences Humaines).

Peut-on interdire l’usage de l’ordinateur portable en cours ? Non… Mais oui. En effet, « L’utilisation de l’ordinateur se généralise et je ne peux qu’en prendre acte » : tels sont les mots de monsieur Verjans, professeur de Science Politique à l’ULg. Et à Monsieur Lejeune de compléter : « La société de consommation actuelle crée ce besoin autrefois inexistant de posséder un ordinateur portable ». Certes, il faut vivre avec son temps, et la modernité est aujourd’hui bien trop avancée pour prohiber ce « bijou » électronique du quotidien, l’idée étant de ne pas bannir de l’apprentissage un outil qui détiendra une place de taille dans notre métier d’avenir. Cependant, certaines universités dans le monde l’ont fait. D’autres professeurs choisiront également de restreindre son utilisation à des cours magistraux, en le proscrivant des séminaires et autres réunions en petits groupes. Il reste enfin à débattre de la question du « budget du cartable » : chaque étudiant a-t-il les moyens, aujourd’hui, de se balader avec un PC dans son sac ? A méditer.

Est-ce que l’ordinateur est vraiment utile en cours ? Il convient de mesurer son utilité relativement au contexte dans lequel il est utilisé.  Selon Pierre Verjans, il est clair que l’ordinateur peut être, à son cours — regorgeant de détails donnés oralement — d’Histoire politique belge par exemple, une grande aide au travail et particulièrement si l’on est habile du clavier. Par contre, au cours d’Economie politique générale donné par Fabienne Fecher-Bourgeois, l’on trouve des graphiques et des tableaux difficiles à reproduire à l’ordinateur : le professeur a  donc pu observer un déclin naturel du nombre de portables en amphi.

Est-ce que la présence de l’ordinateur vous dérange ? À l’unanimité, ils répondent « non, mais… ». Mais quoi ? À vrai dire, c’est moins les milliers de touches martelées par des centaines de doigts qui irritent nos professeurs que les rires étouffés des étudiants parcourant les blagues Internet ou autres albums photos. En fait, l’ordinateur en lui-même n’est pas dérangeant, tout comme l’élève perdu dans un film ne l’est pas non plus : c’est l’attractivité qu’il génère qui le devient. Une grappe d’étudiants qui rivent leurs yeux sur un même écran : ça passe mal. Déconcentrant le professeur, il affecte par la même occasion l’élève attentif. En bref, le PC ne gêne pas vraiment, mais le groupe d’étudiants distraits, oui.

Est-ce que l’ordinateur distrait plus vite l’élève ? Oui… Et non. Non, car tout ancien étudiant vous le dira : pas besoin de technologie pour se distraire. Si Monsieur Verjans raconte l’histoire d’un camarade de classe qui battait le record du monde de mots croisés et si Madame Fecher sait reconnaître ceux ou celles qui jouent à « oxo », Christophe Lejeune se souvient de ces paroles plutôt « parlantes » du professeur Laurent Lapierre : « Aujourd’hui, les étudiants vont 6 à 7 fois par cours sur Facebook. Auparavant, on allait 6 à 7 fois dans la Lune. On était donc beaucoup plus loin qu’eux… ». Ainsi, non, l’ordinateur portable ne distrait pas plus rapidement un étudiant. Cependant, il semble que la mine d’informations que représente Internet (Facebook, Google, 9gag, VDM, Youtube et on en passe !) puisse distraire plus longtemps le quidam scolaire, littéralement « happé » par ce qui paraît sur son écran. En d’autres termes, vous avez peut-être plus de chance de prolonger l’intercours si vous tombez sur un album photo sympa que si vous comptez les nuages.

 

En conclusion, nous dirons simplement merci aux professeurs de nous laisser « vivre avec notre temps » et leur promettons que jamais, au grand jamais, nous ne profiterons du réseau de l’univ’ pour télécharger des séries TV, surfer sur les réseaux sociaux et  organiser une LAN dans un amphithéâtre… Simultanément. Bah ouais, le réseau y n’est pas assez puissant, m’sieur !

 

Dale Koninckx

 

Merci aux professeurs d’avoir accepté de partager leur avis sur la question.