14 octobre 1817. Joseph, 21 ans, s’avance face à l’immense porte de fer. En lettres gravées, sur le chapiteau, on distingue un éloge à la connaissance.

Salle académique 1827, Nicolas Chevron, carnets du patrimoine

 Ce temple du savoir, voulu par Guillaume Ier, est encore plus impressionnant qu’il ne l’avait imaginé. Joseph, fils d’un médecin de campagne, ne peut s’empêcher de frissonner chaque fois qu’il en monte les marches. Fraîchement arrivé de son village, il est logé chez un ami de la famille, le professeur de droit public, M. Ernst. L’élève se dirige lentement vers sa salle de cours. Les 259 étudiants masculins, inscrits aux uniques facultés de Droit et de Philosophie, côtoient une foule de curieux venus assister aux cours. L’auditoire opine, sans toujours comprendre les interminables phrases latines.

Un silence oppressant règne sur le cours du professeur Fuss quand trois étudiants percutent les portes et dégringolent les marches. Le premier se relève vite, les deux autres restent à terre, contemplant leurs propres ivresses. « M. Lebeau, ce n’est pas la première fois que vous interrompez mon cours ! Votre place est sous la guillotine que vos amis apprécient tant ! Assis ! », fustige le professeur. Le père de Joseph l’avait prévenu : les idées françaises percolent plus ici qu’ailleurs…

À la sortie des cours, sa fraternité se rassemble dans leur café attitré : des tables, une forte odeur d’urine et plusieurs pichets de bière préparés. Déjà, l’ancien collège jésuite, la jeune université de Joseph, se change en un foyer culturel, un foyer de débats et même un foyer de révolution… Deux cents ans plus tard, la vieille université, la nôtre, n’a finalement pas beaucoup changé.

H. Le Roy