D’une photo au processus de création, Renaud Dawans, ébéniste, explique comment naissent les géants de Liège. Rencontre.

Les géants liégeois (© provincedeliege.be)

Les géants liégeois (© provincedeliege.be)

Fils de fer, frigolite, tissus et peinture ; voici les principaux constituants d’un géant liégeois. Tout commence à partir d’images et documents raconte Renaud Dawans. Après avoir contacté les couturières, le travail du corps peut être amorcé. L’armature se constitue au-dessus de fils de fer et de plomb en dessous afin d’équilibrer le corps du bonhomme. En parallèle, R. Dawans attaque la tête en sculptant de la frigolite et en la recouvrant de polyester. Il en est de même pour le travail des couturières ; « il est difficile de trouver autant de tissus ! » La peinture et le vernissage achèvent la construction après quatre à cinq mois de dur labeur.

Le géant le plus grand est Charlemagne parce qu’il est l’empereur. Il mesure 4m15 pour 80kg. Tandis que Tchantchès, homme du peuple, est le plus petit (3m85 pour 65kg). « Tout comme les marionnettes la taille dépend du statut social » informe l’ébéniste.

Anniversaires et évènements

C’est en 1993 que naît Tchantchès sous la demande de la Province de Liège. L’année suivante, Nanèsse apparaît. Renaud Dawans s’est inspiré des marionnettes pour créer les deux premiers géants de la ville. À la différence des dix autres personnages – façonnés dans un hangar à Grâce-Hollogne – le couple typiquement wallon ainsi que Charlemagne (2005) furent produits au Musée Tchantchès.

Chaque création a un lien soit avec une date d’anniversaire soit avec Liège. Lors de l’année Simenon (2002), le commissaire Maigret voit le jour. Le 14 juillet de la même année, Marianne, symbole de la liberté, vient célébrer la Fête Nationale française. Pour commémorer le millénaire de la disparition du Prince-Évêque Notger, la province demande un géant à son effigie. En 2014, la dernière création en date honore Constant-le-Marin, héros de la guerre 14-18.

C’est la police qui prend la décision

« On sort les géants trois-quatre fois par an ! » Le 15 août, le rassemblement des géants à Tilff ou encore les Fêtes de Wallonie sont des occasions de les montrer au grand public. Une cinquantaine de porteurs volontaires se réunissent pour ces occasions. Lors d’un de ces événements, « le nombre de porteurs présents décide du nombre de géants » qui parade dans les rues.

Ainsi, il faut trois hommes par armature, mais « il est difficile de réunir 30-40 personnes en même temps ». Les trois porteurs s’alternent durant tout le défilé parce qu’à force le poids de l’objet est lourd. De plus, s’il pleut « les vêtements [du géant] font 20kg de plus ». Par ailleurs, le vent rend plus difficile le maintien du bonhomme et il est parfois impossible de parader. Quand les conditions météorologiques ne sont vraiment pas bonnes, monsieur Dawans et l’organisateur (qui peut faire pression) discutent du déroulement ou non de la parade. Mais c’est la police qui prend la décision finale. Si elle n’est pas là, R. Dawans a le dernier mot… « On ne peut pas mettre les gens en danger » rassure-t-il.

Bien que le vernis protège les créations de R. Dawans et de son équipe contre l’eau, « tous les deux ans, on les retouche » informe-t-il. Il arrive souvent que l’armature se casse parce qu’elle est légère. Toutefois, jusqu’à aujourd’hui aucune de ses œuvres n’a été entièrement cassée.

Monsieur Dawans coordonne un peu tout. Les géants qui défilent sont choisis par une décision commune entre l’organisateur, les porteurs et lui-même. Il veut que « les porteurs [qui ont des préférences] soit contents mais surtout que l’organisateur ait ce qu’il veut ». Parce qu’avant tout, « le but est de faire plaisir » à tout le monde. Cependant, Tchantchès et Nanèsse sont les deux géants incontournables de chaque sortie officielle.

Caroline Agus, Tom Léonet