Les promesses de l’émission “Les 109”, diffusée le mardi 30 avril dernier étaient pourtant alléchantes. Dans le mail qu’ont reçu les participants et participantes, on pouvait lire à ce sujet : “Les 109 jeunes s’approprieront le contenu de l’émission, rencontreront, entendront et s’adresseront directement aux politiques. Défis, arguments, suspens et analyses seront au centre de l’émission”. Avec un peu plus d’honnêteté, on aurait pu ajouter culture du buzz, média spectacle et caricature d’une jeunesse superficielle, sans substance. Explications point par point. 

© RTBF

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Le format de l’émission nous a semblé obscur dès le début. La sélection des candidats et candidates s’est effectuée sur base de questions que nous avions envoyées à la production. Il nous semblait logique qu’une partie du casting plus importante aurait l’occasion de s’exprimer. Ce ne fut pas le cas : des participants (surtout) et des participantes avaient été présélectionnés, de sorte que les jeunes animés de la volonté d’interagir avec les politiques se sont retrouvés figurants d’une parodie de concept participatif.  

Sur une base déjà bancale, la RTBF a fait le pari de mettre en place un format ludique plus proche du divertissement que de l’émission politique. Micro en mousse lancé dans le public, gros buzzers, catégories mystères inutiles, présentations superflues des candidats en mode “Snapchat”, etc. Ce positionnement a eu pour effet de renforcer une image d’une jeunesse puérile, futile, devant nécessairement passer par l’intermédiaire du jeu pour s’approprier la question politique. Au lieu de prendre les jeunes comme un électorat sérieux, ce dispositif les a renvoyés aux clichés de la génération Y, aussi rêveuse qu’incompétente. Ajouté à tout cela, les injonctions de l’équipe à exprimer son ras-le-bol et à faire le “buzz” ont illustré l’ambition de la production pour son émission : provoquer des séquences chocs destinées à dévoiler une Jeunesse forcément révoltée. En un mot, l’invitée principale de ce “Show politique” était plus une certaine vision biaisée des jeunes plutôt qu’un échantillon représentatif de celle-ci, dans sa diversité.  

La conséquence directe de tels artifices a été d’affecter le niveau général des débats. Pour autant, cette prise de position “ludique” de la programmation n’a pas été la seule responsable du naufrage du concept dans les eaux peu profondes du média spectacle. L’abondance de sujets traités par rapport au temps disponible condamnait la discussion à de brèves interventions sans fond ni développement. En témoignent les nombreux appels du public à formuler des propositions concrètes, difficile à présenter en une minute. En outre, l’insuffisance de la préparation des intervenants et intervenantes du public n’a pas contribué à donner un sentiment de maîtrise des sujets traités. Collaborer avec des jeunes, apartisans et novices en politique, suppose de les accompagner dans le travail de formulation d’une question. Il ne s’agit pas de juguler leur indépendance ou leur spontanéité, mais bien de leur apporter un soutien dans une matière dans laquelle ils demeurent profanes.  

Le constat général est doux-amer. D’une part, on ne peut que soutenir une chaîne qui entend donner de la place aux jeunes dans le débat public. On ne peut qu’applaudir à l’ambition de créer un espace de dialogue interactif entre les politiques et les citoyens et citoyennes. On retrouve là la véritable fonction d’un “média” au sens étymologique du terme. D’autre part, cette mission est d’une telle importance qu’il faut se donner les moyens de la réussir. Il convient également de laisser les jeunes prendre une part beaucoup plus active dans la réalisation d’un tel format et, surtout, abandonner toute idée préconçue sur la jeunesse. Enfermer les jeunes dans un carcan et disposer les choses de manière à provoquer du clash, c’est privilégier l’audimat à l’éducation et c’est se priver des plus beaux atouts de la jeunesse : sa spontanéité et sa capacité à s’approprier les enjeux de notre temps.  

Concrètement, moins de sujets, plus de temps consacré à chacun d’eux, plus de place laissée aux jeunes dans l’organisation, une programmation dépourvue d’a priori et plus d’accompagnement sont clairement des pistes à explorer pour une prochaine édition. Faute de quoi, le format continuera à ressembler à une émission pour les jeunes, faites par des cinquantenaires.  

Une partie désabusée du public des 109 : Vincent Martin-Schmets, Delara Pouya, Lucas van Molle, Chéima AtiaSawsan Charchour, Quentin Daems, Nathan Degreef, Guillaume Denebourg, Manon Félix, Dilara LüleJabrane Mouhtadi