Il y a huit ans une nouvelle fac rejoignait notre belle université. Huit ans ça peut paraître long mais en fait pas tant que ça. Issus des deux instituts, les architectes de Lambert Lombard et de Saint Luc se sont retrouvés unifiés en une toute nouvelle faculté pour le meilleur et pour le pire. Alors si cela fait déjà presque dix ans qu’elle existe, il reste, pourtant, toujours pas mal de problèmes liés à cette fusion.

Deux écoles, c’est deux manières d’apprendre, et en architecture, cela se traduit par une école plus technique et une plus artistique. Chaque vision a un sens et son importance, et l’envie n’est pas de discréditer l’une ou l’autre méthode, non. Il s’agit de bien faire comprendre que, si vous mélangez deux corps professoraux avec des visions de l’enseignement différentes, vous créez un cursus varié et complémentaire ou alors… ou alors… des professeurs qui ne s’entendent pas toujours ainsi que des cours sans réels intérêts, vestiges d’une vieille guerre entre deux écoles.
Si cette situation est en voie de disparaître depuis deux ans, il n’est pas rien de rappeler qu’il n’y a pas si longtemps, des cours à 4 crédits nous demandaient plus de temps de travail que des cours à 20 crédits (oui oui, 20 crédits). Pourquoi? Parce que les cours étaient donnés par deux équipes de profs venant de deux écoles différentes, et qu’il n’était pas normal que l’on accorde moins de crédits à l’une ou à l’autre.

Un cours à 20 crédits? Oui, ça peut vous paraître énorme, et c’est le cas.
Vous avez tous déjà entendu un de vos amis d’archi refusant une de vos soirées au kot ou dans le carré en utilisant l’excuse « je peux pas, j’ai projet ». Et pour mieux comprendre ce qui se cache derrière cette petite phrase, il est temps de vous expliquer le réel point sensible de notre fac. Je le répète encore, mais ce cours représente 20 crédits, soit 8 heures d’atelier par semaine, plus ou moins trois rendus également, un nombre de nuits blanches équivalent. Ce cours n’est pas quadrimestrialisé et ne donne pas la possibilité de seconde session. En d’autres mots, nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre le blocus pour nous mettre au travail, et le « c’est pas grave, je le repasserai en août » n’est pas de mise.

Entre différentes méthodes de travail de différents profs, la subjectivité de certains avis et la condescendance parfois blessante de nos jurys, il est dur de se dire que nous faisons partie du système universitaire. On pourrait discuter du fait que nous rendons notre projet de fin d’année aux alentours du 29 juin (RIP la possibilité d’aller au bal des moflés ou de profiter du carré dans ses beaux jours) mais ce serait chipoter. Je préfère relever le fait que, quand avec le décret Marcourt les possibilités d’échanges, d’Érasmus, vous sont encore plus possible et favorables, nous nous heurtons à un problème: projet, encore et toujours. Comme le cours se déroule sur toute l’année, impossible d’imaginer un Érasmus de 6 mois. Et si ce n’était que ça… Nos Érasmus ne sont possible qu’en première master (bloc 1 de master pour les puristes) et doivent absolument être en lien avec notre TFE, car, je cite « l’Érasmus n’est pas un choix mais une chance! ».

Autre singularité de notre fac, nous n’avons pas un, pas deux, mais bien trois lieux différents de cours. Bien entendu Saint Luc et Lambert Lombard, les deux anciennes hautes écoles, et les nouveaux amphis Opéra. Alors non, nous ne partageons pas les joies du 48 avec vous, mais je vous assure que transporter des maquettes, des planches de cartons, et autres outils de travail n’est pas une partie de plaisir. Sans compter sur le fait qu’à part les amphis Opéra, nos salles de cours ou d’atelier ne sont pas en super état. En cinq ans, j’ai vu des étudiants se retrouver coincés à cause d’un verrouillage de porte défectueux, un faux plafond s’effondrer sur trois maquettes (rip les heures de travail en amont), et surtout un manque de place sérieux pour travailler en atelier.

Alors oui, ce genre de critiques peuvent vous paraître amères et enfantines, mais nous en sommes arrivés à un point tel que notre conseil fac, réunion lors desquelles les étudiants et les professeurs peuvent échanger sur les problèmes liés à notre faculté, a été dissous pour mauvaise gestion. L’université a créé un groupe d’accompagnement, pour ne pas dire de tutelle, le temps que tout se remette à jour.

Il y a aussi un projet d’unifier une fois pour toutes nos lieux de cours via l’agrandissement d’une des écoles ou la construction d’un nouveau site. Quand cela prend 1 ans et demi de réflexion et 4 ans de construction au HEC, nous en sommes à 6 ans de discussions qui tournent en rond, toujours aucun projet viable, aucun budget en vue, bref, toujours au point de départ.

Ces questions discréditent l’image de notre faculté d’architecture, elles nous font aussi passer pour les doux rêveurs de l’université incapable de s’intégrer.
Ces quelques lignes n’avaient pas pour but de cracher sur notre belle faculté, non. Mais si nous, étudiants d’archis, professeurs, membre de la communauté universitaire, pouvions enfin travailler ensemble à la construction de cette filière qui attends depuis 8 ans de naître. Si nous pouvions nous mettre à table et devenir ou redevenir cette effervescence d’idées architecturales. Si nous pouvions devenir le pont entre l’université et la ville de Liège par le biais de nos projets et de nos réflexions sur l’urbanisme et le paysage.
Bref, il est temps de devenir LA faculté d’architecture de Liège et de porter ses couleurs.

Arno Chamberlan