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Présentation

Je suis un médecin non clinicien, je travaille dans la recherche expérimentale et l’enseignement. J’ai défendu mon doctorat en 1991 à Liège après avoir obtenu mon diplôme de médecin dans notre université. J’ai ensuite effectué un séjour post-doctoral à Portland en Oregon de 1991 à 1993. J’ai décidé de revenir à Liège car je suis attaché à la ville et à notre institution. J’ai ensuite gravi les échelons pour occuper la place de professeur ordinaire en 2011.

Motivations

D’une part, je suis très attaché à Liège pour son côté multiphilosophique. J’apprécie le fait que notre université permette à chacun d’exprimer sa pensée sans tabous. D’autre part, Je constate une certaine dégradation de notre université qui s’observe notamment lorsque je compare notre institution à celle de Gand, par exemple. Gand monte dans les classements tandis que nous dégringolons. Nous avons d’excellents chercheurs à Liège, et ce dans toutes les facultés. Nous n’avons pas à rougir de nos chercheurs, certains d’entre eux figurent au European research council. Cependant, sur 900 chercheurs, seulement 50 ont publié des articles dans des revues scientifiques répertoriées par Scopus (base de données multidisciplinaire donnant accès aux articles scientifiques publiés dans des revues). Si vous êtes étranger et que vous regardez le classement des universités belges, votre choix se portera d’abord sur UGent plutôt que sur l’ULiège. J’ai peur que cette baisse de notoriété ne décourage des personnes extérieures de se rendre dans notre institution. Pour l’avenir de la région, il est très important que l’ULiège soit la plus rayonnante possible. Je pense que la gouvernance est également à remettre en question dans cette baisse de notre ranking international. Notre équipe rectorale est en discordance et a besoin d’air frais. N’ayant jamais occupé de poste de recteur, de vice-recteur ou de doyen, je pense pouvoir apporter un souffle nouveau sur le collège rectoral. Mon impulsion nouvelle ne m’empêche cependant pas d’avoir un regard aiguisé sur les rouages de l’institution et sur le financement de la recherche.

Un point du programme

La gouvernance. Si la gouvernance faiblit, tout s’effondre. Il nous faut un collège rectoral soudé. Nous devons nous mettre d’accord dès le départ pour que toute initiative significative soit avalisée par l’ensemble du collège avant d’être mise en route. Nous avons vu que c’est quelque chose qui a fait défaut à l’équipe actuelle lors de ces derniers mois. Celle-ci a mis en place trop de structures selon l’avis du personnel académique. Je ne compte pas en supprimer de manière arbitraire mais simplifier certains processus. Je souhaite éviter la situation actuelle où certaines démarches demandent un nombre d’étapes trop important. Il serait enviable de réfléchir à rendre ces processus plus efficaces. Sur ce point, nous avons beaucoup à apprendre de nos voisins anglo-saxons et de ce qu’ils nomment le « streamlining » (procédé permettant d’améliorer la fluidité des structures). Ce point de mon programme est particulièrement important car la majorité du personnel de l’institution considère ne pas être assez concerté dans la prise des décisions. Je propose de créer un groupe de réflexion greffé au conseil d’administration qui serait uniquement constitué de personnes extérieures aux commissions et au collège rectoral. Cela permettrait de faire grandir le sentiment d’appartenance qui reste assez  faible chez nous.

Craintes et université du futur

Il s’agira d’une université dynamisée parce que bien financée. Une université avec une administration qui tourne. Nos chercheurs seront plus heureux car ils seront justement soutenus. Il faut savoir qu’aujourd’hui, environ 20% des mandataires permanents du FNRS n’ont plus les moyens de fonctionner. Nous payons des salaires à des gens qui ne peuvent plus effectuer leurs recherches. Ceci rejoint mes craintes concernant le financement futur de l’université. En 2020, nous ne serons peut-être plus sous le même régime de financement qu’aujourd’hui. J’espère que l’ULiège trouvera les arguments lui permettant de garder un bon financement. Je propose de mettre en place un financement généré par l’université elle-même qui soutiendrait des équipes ou des laboratoires « incubateurs » de nouvelles idées. Ces projets nécessitent un budget de 3 millions d’euros par an, que je compte trouver chez les alumnis ainsi que dans les entreprises les plus fructueuses de notre région. Je suis un partisan acharné de la recherche fondamentale car elle amène à termes à des avancées positives et il ne faudrait pas faire l’erreur de n’investir que dans la recherche appliquée à effet immédiat. Il est important de se projeter dans 4 ans mais il convient également de penser aux vingt et cinquante prochaines années. La majeure partie de mon programme est une vision à moyen et long terme pour une université qui se porte le mieux possible. Si notre institution se porte au mieux, les étudiants resteront heureux à Liège, que je considère comme une ville vibrante.

Qualités pour être recteur ?

Être quelqu’un de parfaitement libre, d’une éthique impeccable et avec la passion que son institution fasse toujours mieux. Savoir s’entourer de bons conseillers, puis savoir décider.

Propos recueillis par Victoria Koffi